2 oct. 2013

Eric Lomain
Bottier

Angèle Hernu
Eric Lomain Bottier

Si le sur-mesure porte intrinsèquement en lui une certaine dimension éthique, il semble s’épanouir pleinement dans le travail d’Eric Lomain  : modeste, il nous confie ne pas avoir le sentiment de «  sauver  » les personnes qu’il chausse, mais admet tout de même la reconnaissance de nombre d’entre elles, qui lui disent que «  sans [lui], elles ne pourraient pas marcher  ». Ou l’art de donner du sens à un objet devenu malgré lui emblème de superficialité.

Chez les Lomain, le savoir-faire de la botterie artisanale se transmet de père en fils, et c’est dans son petit atelier du 12ème arrondissement de Paris qu’Eric, incarnant la troisième génération de bottiers de sa famille, perpétue la tradition.

Après une définition des attentes du client, une quinzaine d’heures seront nécessaires pour donner naissance à une chaussure unique, réalisée sur mesure dans les ateliers du bottier. Une équipe de sept personnes s’affaire alors sous l’œil du maître selon un rituel précisément élaboré  : plan de fabrication, modelage de la forme, patronnage, coupe, piquage, montage, essayage, finissage et semelage.

Bien que spécialisé dans la création de souliers orthopédiques depuis la rencontre décisive de son grand-père avec un médecin dans les années 1950, Eric Lomain a ceci de particulier qu’il injecte un soupçon de créativité dans l’univers de la chaussure médicale. Il revendique catégoriquement son refus de faire du luxe  – «  je ne suis pas Berluti, ni Lobb  » – et de satisfaire aux exigences farfelues de certains clients – «  c’est un tout autre métier  !  »  ; néanmoins, bon joueur, il concède  : «  Si un client de longue date émet le vœu d’avoir une chaussure rose et l’autre verte, d’accord, je le fais  !  ». Il admet cependant porter une attention particulière au «  look de la chaussure »  : «  Je me situe dans la catégorie orthopédique, mais j’essaye d’apporter de la mode  »  ; et on décèle chez le bottier un réel plaisir lorsqu’il évoque la création de nouveaux modèles ou la recherche de matériaux esthétiques et innovants à proposer à ses clients.

Affirmant que  «  bien travailler ne suffit pas, le plus difficile est de faire venir les gens, et si on parle de vous, vous existez  », le bottier soigne donc également sa communication  : de superbes photos de son atelier ornent son site Internet, et il avoue que cette vitrine a eu un impact décisif sur sa clientèle, la diversifiant et la rajeunissant. Une clientèle fidèle, qu’il chérit, conservant précieusement tous les carnets de commande et les mesures de chacun de ses clients, et refusant de nous entretenir de clients hors du commun, arguant que «  chaque client est particulier  ».

Et, conforme à l’idée d’exception qui confirme la règle, le bottier nous avoue en souriant qu’il porte des chaussures qu’il n’a pas fabriquées lui-même, n’ayant pas assez de temps pour en consacrer à ses propres pieds.

www.lomain-bottier.fr

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Angèle Hernu

Angèle Hernu

Made in Amiens. Angèle Rincheval-Hernu est diplômée de Sciences Po et de l’Institut français de la mode. Après une expérience commerciale dans le prêt-à-porter (Hermès, Prada, Miu Miu), elle rejoint en 2007 la maison Yohji Yamamoto à la direction de la communication. Aujourd’hui freelance, elle est l’auteur de l’ouvrage Trésors du Vintage aux éditions de La Martinière, met sa plume au service de maisons de mode et clubs culturels parisiens, et contribue au magazine en ligne consacré aux savoir-faire textiles Maison d'Exceptions.

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