6 nov. 2013

L'envie de partager
Ollivier Henry
Point de détails

Léandra Ricou
L'envie de partager Ollivier Henry Point de détails

La table de travail d'Ollivier Henry

A l’occasion de Voyage, Marie-Ange Guilleminot et Made in Town organisent une série de rencontres autour de personnalités détentrices de gestes et de techniques : costumiers, tailleurs, brodeurs, corsetiers, graphistes.

Ces rendez-vous apportent un éclairage sur l’élaboration du projet Touchez-voir, une garde-robe réalisée à partir de reproductions de vêtements et accessoires issus des réserves du Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris.

Le costumier brodeur Ollivier Henry apporte sa maitrise de la broderie pour la réinterprétation d’un gilet d’homme à disposition, sélectionné dans la collection du Palais Galliera.

Projet accompagné par Lise Brisson

Styliste de mode, créateur de costumes, brodeur, professeur de broderie et de l’histoire du costume à l’Ecole Duperré, à Paris, dont il fut jadis l’élève, Ollivier Henry est aussi discret que talentueux. De son aiguille virtuose, il remonte le fil flamboyant de l’histoire des costumes. Pour Made in Town, il revient sur son parcours et dévoile son rapport à son art. Instant privilégié.

Passionné dès son plus jeune âge par la mode et le vêtement, Ollivier Henry développe très tôt un attrait particulier pour le costume et son histoire. « Lorsque j’étais lycéen, je réalisais déjà des costumes dans ma chambre sur la machine à coudre de ma grand-mère », se souvient-il. Avant d’entrer comme étudiant à l’Ecole Duperré, il se présentera d’ailleurs au concours de l’Ecole nationale supérieure d’arts et techniques du théâtre, appelée autrefois Ecole de la Rue Blanche. Sans succès. A Duperré, il suit la filière mode classique, « tout en étant persuadé que ce n’est pas vraiment ce qu’il veut faire ». Une rencontre va pourtant s’avérer déterminante. « A l’époque, le programme comprenait un cours de psychologie du costume qui était dispensé par la professeur de broderie. Une personne passionnante avec qui j’ai noué une relation particulière. »

Ollivier Henry au travail

 A la fin de ses études de mode, Ollivier Henry choisit de poursuivre en broderie dans le cadre d’une formation à mi-temps en deux ans, toujours à l’Ecole Duperré. « Même si je ne peux pas nier que cette rencontre a pesé dans ma décision, j’avais surtout besoin de compléter ma vision du costume. » Il arrivera au bout de cette formation malgré une coupure d’un an en raison du service militaire qui se révélera une aventure surprenante pendant laquelle il mettra plus à profit ses talents de brodeur que de sportif, sous la tutelle d’un capitaine qui partageait son goût pour les costumes anciens. L’emploi du temps allégé de la formation de broderie lui permet de développer en parallèle sa propre activité. Il commence à confectionner des vêtements pour une clientèle privée. « Et puis, un jour, le miracle est arrivé », se plaît-il à dire.

La table de travail d'Ollivier Henry, habits pour homme et pièces de soie brodées d’inspiration 18ème

 A l’occasion des journées portes ouvertes de l’Ecole Duperré, sa professeur de broderie transmet ses coordonnées à une personne qui recherche quelqu’un en mesure de réaliser rapidement des costumes d’opéra. C’est ainsi qu’en 1988, tout juste diplômé, Ollivier Henry réalise ses premiers costumes pour L’Or du Rhin de Wagner dans le cadre des Chorégies d’Orange. « Je devais réaliser tous les costumes des solistes. C’était à la fois exaltant et terrifiant. » Cette première expérience en appelle très vite d’autres. Il a notamment travaillé avec l’Opéra de Marseille, l’Opéra-théâtre de Metz, l’Opéra Comique. « J’ai même failli un temps m’installer à Marseille », confie-t-il. Il fera cependant le choix de répondre à la demande de sa professeur de broderie de prendre sa suite. Pendant dix ans, Ollivier Henry prodiguera son savoir dans les meilleures écoles de mode, tout en continuant à réaliser des costumes, à raison d’une à deux productions par an. Si aujourd’hui son activité est devenue plus intime, Ollivier Henry, éternel insatisfait, poursuit sa quête de perfection.

Le premier essai de broderie réalisé en gris par Ollivier Henry d’après le gilet 18ème à disposition

Pascal Gautrand : Comment choisissez-vous les costumes que vous réalisez ? Qu’est-ce qui guide votre inspiration ?

Ollivier Henry : C’est une question difficile. Cela peut être un matériau, un tissu qui m’inspire, une envie un peu capricieuse aussi, si vous voyez ce que je veux dire. En ce moment, je suis plus 19ème, début 20ème siècle, je repartirais sans doute bientôt pour le 18ème siècle. J’ai dans l’idée de réaliser un habit du 18ème entièrement brodé. Il n’y a pas vraiment de règle au démarrage d’un costume.

PG : Quel est le lien avec l’histoire ?

OH : Mes réalisations ne sont pas attachées à une période historique particulière. En ce qui me concerne, après la Première Guerre mondiale, cela ne m’intéresse plus. Le vêtement ou le costume est pour moi le lien le plus direct au passé. Je suis fasciné par la manière dont le costume traduit les inquiétudes, les angoisses, les joies, tout un dégradé d’émotions. Je regrette de ne pas pouvoir traverser les époques pour voir comment les gens vivaient autrefois, la manière dont ils portaient leurs vêtements. La plupart du temps, je pense à quelqu’un quand je réalise un costume. Cela peut être n’importe qui, mais en général un personnage historique. Une question alors m’obsède : est-ce que ça va lui plaire ? Cela m’oblige à me surpasser, à pousser toujours plus loin la technique, les détails. J’essaye de faire de plus en plus de choses à la main.

PG : Qu’est-ce qui vous plaît tant dans la broderie ?

OH : La profondeur, car lorsque vous brodez pendant des heures et des heures, vous finissez par ne plus être présent physiquement. Toute l’attention est portée sur la précision du point. Il faut être concentré sur chaque geste de chaque seconde. On est complètement dedans. Il n’y a plus aucune interférence. Pendant ce temps, l’esprit continue tout de même à fonctionner et à réfléchir aux prochaines étapes de l’ouvrage.

PG : Vous portez une attention particulière à la réalisation des boutons ?

OH : J’aime beaucoup faire les boutons. C’est un peu le résumé du costume. C’est un tout petit espace de forme assez simple qui ouvre des possibilités infinies de réalisation et de détails.

PG : Comment percevez-vous la transmission ?

OH : J’aime transmettre ce qui m’est cher, autrement dit, la broderie, toutes ses techniques, tout ce qui tourne autour du costume. J’ai vraiment cette envie de partager. J’expose mes costumes lors de deux ou trois expositions par an, simplement pour le plaisir de les montrer, de partager et de discuter avec le public.

Détails de deux habits d’inspiration 18ème, entièrement brodés par Ollivier Henry

Détails de deux pièces de soie brodées de motifs inspirés des moulures de plafond du 18ème
Broderies de perles et de fils d’or réalisées par Ollivier Henry​

POINT DE DÉTAILS est un format de rencontres organisées par Made in Town qui permet de mettre en lumière une thématique, une pratique ou un métier. Le diable est dans les détails !

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Léandra Ricou

Léandra Ricou

Made in Fontenay-aux-Roses. Rédactrice et attachée de presse freelance, elle met son écriture au service de la mode et de ceux qui la font, designers, artisans et industriels. Elle écrit régulièrement pour les magazines en ligne des salons Maison d’Exceptions et Made in France Première Vision, entre autres. Elle est diplômée de l’Institut de management et de communication interculturels, anciennement l'Institut supérieur d'interprétation et de traduction, et de l’Institut français de la mode.

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