1 juin 2016

Marta Bakowski
Le design sans détour

Léandra Ricou
Marta Bakowski Le design sans détour

Portrait de Marta Bakowski. Crédit photo : Design for Peace.

Née en 1986, Marta Bakowski est une designer française d’origine polonaise. Diplômée de Central Saint Martins et du Royal College of Art à Londres, elle fonde en 2013 son propre studio de design à Paris. Elle est l’une des six designers qui ont participé à la résidence Design for Peace au Burkina Faso. Retour d’expérience.

« A travers l’objet, c’est à son tour la parole qui devient le tambour d’eau des gestes, car l’objet devient un support au conte, un transmetteur d’histoire, il raconte un savoir-faire et reflète un personnage et sa culture. »
– Marta Bakowski

Après six années d'études à Londres, ponctuées de collaborations diverses, Marta part s’installer à Berlin où elle assistera la designer hollandaise Hella Jongerius pendant près de deux ans. A son retour à Paris, sa ville d’origine, en 2013, elle fonde son propre studio de design. Un an plus tard, elle est admise en résidence aux Ateliers de Paris, ce qui lui offre la possibilité de créer une véritable structure et de développer des projets à mi-chemin entre industrie et artisanat.

Marta expose sa première collection auto-éditée en septembre 2015 dans le cadre de la Paris Design Week et du London Design Festival. La jeune designer s’amuse à détourner des techniques artisanales, parfois ancestrales. Graphiques et épurées, ses créations vont droit au but. Elles résonnent du dialogue entre couleurs et matières, le plus souvent naturelles. On retrouve notamment son applique Sorcier chez la maison d’édition La Chance.

Crédit photo : Design for Peace

Léandra Ricou : Quelles ont été vos motivations pour participer au projet Design for Peace ?

Marta Bakowski : J'ai depuis longtemps une fascination pour la culture africaine et son artisanat, ainsi que les arts primitifs. Ce sont là des inspirations qui animent souvent mes recherches et influencent régulièrement mon travail. L’appel à projet de Design for Peace proposait non seulement une immersion dans ce contexte particulier, mais aussi la création d'un parallèle entre design et artisanat. Une dualité importante dans mon approche artistique.

Plus encore, il s'agissait dans ce projet de travailler sur une problématique qui dépasse le design pour toucher à l’humain, offrant ainsi une nouvelle dimension à mon métier. J'ai vu aussi dans ce projet l'opportunité de concevoir en étant présente à toutes les étapes, du dessin à la fabrication, en passant par la conception, l'apprentissage de nouvelles techniques et l'analyse du marché. Le designer est encore aujourd'hui rarement aussi proche de toutes ces étapes de développement d'un produit, surtout pour ce qui est de la fabrication. Pourtant, ce lien avec le fabricant ou l’artisan est indispensable pour la création d'objets plus honnêtes.

Collection Agasho, Marta Bakowski avec les artisans Oumar Agali, Issa Agless, Zeinabou Hakimou, Aicha Mohamed et Hado Sidia. Crédit photo : Design for Peace.

LR : Quelles ont été les étapes de réalisation de vos objets ?

MB : La collaboration avec les artisans touaregs s’est ouverte sur une phase de rencontres menée sous forme de petits workshops qui nous ont permis de mieux nous connaître, d'en apprendre plus sur nos cultures respectives, d'échanger sur nos savoir-faire et d'apprivoiser les matériaux locaux.

La collection Agasho (calebasse en tamatchek) est née de la tradition du dolo. Au Burkina, les habitants se retrouvent dans les maquis à diverses occasions festives pour boire cette bière locale à base de mil, servie dans des demies calebasses déposées sur un anneau pour la stabilité. Le lien entre les retrouvailles autour du thé chez les Touaregs et la culture de l'apéro chez nous s'est très vite établi, et a posé les premières bases d'un travail autour de l'objet « contenant ».

Mais, c'est surtout la matière brute qui a guidé spontanément le développement des divers objets. La calebasse, qui pousse dans les arbres ou sur des plantes grimpantes comme les courges, peut prendre diverses formes qui sont toutes naturellement très fonctionnelles. Etant une matière très agréable à façonner, nous sommes donc allés dans son sens en la travaillant dans sa découpe afin de révéler son aspect pratique. Les histoires contées par les Touaregs ont progressivement introduit de nouvelles typologies dans la collection. Cette dernière compte ainsi un duo de vases « gourdes », une série de grands bols et de petits vide-poches, des patères « porte-chèche » et un miroir.

Crédit photo : Design for Peace

Le quotidien nomade touareg implique un transport régulier des objets qui se doivent d'être légers et de petite taille. S'ils ne sont pas utilisés, ils sont alors « exposés » dans les tentes, prenant alors une fonction très décorative. Afin de moderniser la calebasse et la rendre élégante, il nous fallait un élément contrastant. Influencée par les paysages locaux, j'ai choisi tout naturellement la couleur.

Au détour d'une rue, j'ai rencontré des artisans ouagalais qui tissaient du mobilier avec du fil de nylon aux couleurs très vives. C'est ce même fil que nous avons utilisé avec les femmes artisanes au travers d'une technique ingénieuse d'enroulement sur la surface des calebasses, ainsi que sur les anneaux qui les accompagnent, permettant ainsi le renforcement des parois et de riches possibilités de motifs.

Enfin, pour ennoblir nos objets, nous sommes revenus à une technique traditionnelle touareg qui consiste à gainer les objets de cuir de chèvre poli à l'aide d'un couteau d'ébène. En recouvrant ainsi l’extérieur arrondi de nos calebasses et en y ajoutant des finitions de bronze, nous avons réussi à leur donner un aspect précieux et à unifier la collection.

Collection Agasho, Marta Bakowski avec les artisans Oumar Agali, Issa Agless, Zeinabou Hakimou, Aicha Mohamed et Hado Sidia. Crédit photo : Design for Peace.

LR : Que retenez-vous de votre expérience au Burkina Faso ?

MB : Ces sept semaines très intenses de résidence m'ont énormément apporté, tant sur le plan humain que sur le plan créatif. Nous avons découvert des cultures, des coutumes et des savoir-faire fascinants, nous avons fait de superbes rencontres et tissé de belles amitiés. Mais, ce qui reste aujourd'hui le plus fraîchement ancré dans ma mémoire, ce sont les couleurs et les motifs architecturaux locaux, ainsi que la simplicité des formes des objets du quotidien.

Le quartier de Gounghin dans lequel nous travaillions était à lui seul une bibliothèque visuelle incroyable de teintes, de textures et de compositions qui sont restées fortement imprégnées dans mon esprit et que je tente de retraduire aujourd'hui dans une nouvelle collection d'objets. Il est certain que pour moi ce voyage en Afrique est le premier d'une longue série !

Crédit photo : Design for Peace

En 2016, Made in Town accueille le projet Design for Peace, restitution de la résidence organisée à Ouagadougou par Afrika Tiss sous l'impulsion de l’UNHCR, qui a vu six jeunes designers français collaborer avec dix-sept artisans touaregs pour donner naissance à une première collection d'objets de décoration et d'accessoires de mode.

www.martabakowski.com

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Léandra Ricou

Léandra Ricou

Made in Fontenay-aux-Roses. Rédactrice et attachée de presse freelance, elle met son écriture au service de la mode et de ceux qui la font, designers, artisans et industriels. Elle écrit régulièrement pour les magazines en ligne des salons Maison d’Exceptions et Made in France Première Vision, entre autres. Elle est diplômée de l’Institut de management et de communication interculturels, anciennement l'Institut supérieur d'interprétation et de traduction, et de l’Institut français de la mode.

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