5 juin 2016

Cathy Amouroux
Aux origines de la mode

Léandra Ricou
Cathy Amouroux Aux origines de la mode

Portrait de Cathy Amouroux. Crédit photo : Design for Peace.

Née en 1988, Cathy Amouroux, formée à l’Ecole Duperré, a la double casquette de styliste prêt-à-porter et de graphiste textile. Son projet Wear You From en bagage, elle est partie pendant un an à la découverte de savoir-faire locaux de par le monde. Cathy est également l’une des six designers qui ont participé à la résidence Design for Peace au Burkina Faso. Pour Made in Town, elle revient sur son expérience.

« Les artisans que j'ai rencontrés ne sont pas que des artisans, mais aussi des fabricants de bonheur. Bonheur, qu'ils nous transmettent avec le geste et le travail de la matière. »
– Cathy Amouroux

Crédit photo : Design for Peace

Toulousaine d’origine, parisienne d’adoption, Cathy a opté pour le parcours Design de Mode de l’Ecole Duperré. Elle fait ses armes entre Paris et Londres auprès des créateurs Andrea Crews, Jean-Charles de Castelbajac, Maxime Simoens, Ostwald Helgason et de la maison Kenzo. Elle travaillera pendant trois ans pour la marque Ted Lapidus, d’abord en tant que salariée, puis en freelance. « Cette nouvelle liberté m’a permis de m’épanouir dans mon travail tout en prenant le temps de faire des voyages à l’étranger. »

Elle saisit l’occasion d’une fin de contrat pour se consacrer à plein temps à son projet Wear You From qui lui trottait en tête depuis quelques temps. « J’avais besoin de comprendre d’où venaient les inspirations de la mode. » Pendant un an, elle est donc partie à la rencontre de communautés indigènes au Guatemala, Mexique, Australie ou encore Nouvelle-Zélande. Son regard était désormais tourné vers le continent africain. Comme quoi, le hasard fait bien les choses…

Crédit photo : Design for Peace

Léandra Ricou : Quelles ont été vos motivations pour participer au projet Design for Peace ?

Cathy Amouroux : Grâce à mon projet Wear You From, j’ai eu l’occasion de travailler avec des artistes aborigènes dans le désert australien, des artisans dans les montagnes du Guatemala, dans la forêt Amazonienne du Pérou, ainsi qu’en Colombie. Mon aventure devait s’arrêter là, mais le problème, c’est que quand on commence un projet comme cela, on a ensuite envie d’aller partout.

Je rêvais secrètement de continuer par l’Afrique dont les paysages et l’artisanat m’attiraient depuis longtemps. La culture touareg m’avait déjà beaucoup inspirée dans mon passé professionnel. Alors, lorsque j’ai découvert le projet Design for Peace, c’était une évidence, je n’ai pas réfléchi une seule seconde. C’était l’occasion de travailler avec une équipe qui partage les mêmes envies que moi, de développer un grand projet de collection et soutenir des artisans touaregs réfugiés au Burkina Faso. J’ai foncé !

Crédit photo : Design for Peace

LR : Quelles ont été les étapes de réalisation de vos objets ?

CA : Lorsque j’ai découvert le savoir-faire des artisans en matière d’orfèvrerie, j’ai été impressionnée par leur dextérité et leurs connaissances. J’avais déjà été amenée à travailler le bijou, mais trop souvent de manière industrielle. J’ai eu alors envie de poursuivre l’aventure, cette fois-ci au contact direct des artisans.

Nos premières inspirations sont venues d’échantillons que les artisans avaient produits avant le début de la résidence. Ces échantillons ont ensuite évolué dans le dialogue et les échanges. On a eu la chance de vite avoir une complicité créative.

A chaque victoire, nous avions envie d’aller plus loin, de pousser la finesse, de gagner en perfection. C’est d’ailleurs comme ça qu’est née la ligne de bijoux Entorof : d’un simple damier dessiné sur du cuir tamponné, nous avons cherché à transformer le dessin par du cuivre incrusté, puis de la chambre à air, puis mettre tout cela en volume en modelant le damier en 3D.

On s’inspirait aussi des matériaux autour de nous, des motifs que l'on voyait dans les rues de la ville. La ligne Aderich est née de l’envie d’associer la chambre à air au bronze. Lors d’une balade dans notre quartier, j’ai été interpellée par d’énormes pneus abandonnés aux motifs incroyables. En rentrant, j’ai expérimenté l’idée avec les artisans.

Crédit photo : Pierre Murot

LR : Que retenez-vous de votre expérience au Burkina Faso ?

CA : Je ressens d’abord une grande fierté d’avoir travaillé avec des artisans aussi talentueux. Ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre de si grands passionnés de la technique et de la perfection. Je suis aussi heureuse de les avoir vu fiers à leur tour des produits réalisés, de savoir qu’ils sortent eux aussi forts de cette expérience.

Je me sens incroyablement nourrie créativement. Je garde en tête des images de cette résidence et des techniques acquises qui me feront rebondir dans la suite de mon parcours.

Enfin, au-delà de l’expérience professionnelle, je retiens l’expérience humaine. Que ce soit avec nos amis touaregs ou avec les habitants de Ouagadougou, nous avons tous beaucoup appris de nos cultures respectives, pourtant bien différentes. Comblée serait le mot qui répond le mieux à cette question !

Crédit photo : Design for Peace

En 2016, Made in Town accueille le projet Design for Peace, restitution de la résidence organisée à Ouagadougou par Afrika Tiss sous l'impulsion de l’UNHCR, qui a vu six jeunes designers français collaborer avec dix-sept artisans touaregs pour donner naissance à une première collection d'objets de décoration et d'accessoires de mode.

cathyamouroux.fr

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Léandra Ricou

Léandra Ricou

Made in Fontenay-aux-Roses. Rédactrice et attachée de presse freelance, elle met son écriture au service de la mode et de ceux qui la font, designers, artisans et industriels. Elle écrit régulièrement pour les magazines en ligne des salons Maison d’Exceptions et Made in France Première Vision, entre autres. Elle est diplômée de l’Institut de management et de communication interculturels, anciennement l'Institut supérieur d'interprétation et de traduction, et de l’Institut français de la mode.

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