3 juil. 2016

Claire Tingaud
Tisser des liens

Léandra Ricou
Claire Tingaud Tisser des liens

Portrait de Claire Tingaud. Crédit photo : Design for Peace.

Née en 1992, Claire Tingaud est une designer textile qui a fait du tissage et de la broderie ses deux spécialités. Elle s’est éloignée de sa première vocation à devenir costumière pour s’intéresser de plus près à la matière textile et à ses différentes textures. Claire est l’une des six designers qui ont participé à la résidence Design for Peace au Burkina Faso. Retour d’expérience.

« Notre devoir est de veiller à la valorisation des savoir-faire humains qui sont beauté et fragilité. »
– Claire Tingaud

Avec le souhait de travailler dans les coulisses du spectacle, en tant que costumière, sa première vocation, Claire effectue une MANAA [la mise à niveau en arts appliqués a pour objectif de mettre à niveau les bacheliers qui n’ont pas suivi de formation artistique avant leur entrée en BTS ou DMA des arts appliqués, ndlr], suivie d’une Prépa Spectacle à l’issue de laquelle elle optera finalement pour le DMA [diplôme des métiers d’art, ndlr] Arts textiles du lycée La Source à Nogent-sur-Marne en région parisienne, établissement spécialisé dans les arts textiles.

Diplôme en poche, Claire a l’opportunité de partir à l’étranger dans le cadre du programme « Voyager pour apprendre les métiers d’art » soutenu par la Fondation Culture & Diversité et l’UNESCO. Une première expérience en Indonésie auprès d’artisans tisserands spécialisés en ikat lui donne soif d’autres échanges culturels et la mène au Guatemala au sein de l’Association Cojolya de tisserandes mayas. « C’est au cours de mon séjour là-bas que j’ai envoyé ma candidature à Design for Peace. »

Crédit photo : Claire Tingaud

Léandra Ricou : Quelles ont été vos motivations pour participer au projet Design for Peace ?

Claire Tingaud : Je suis très sensible à la préservation des savoir-faire et surtout quand celle-ci s’inscrit dans une démarche aussi humaine que le proposait Design for Peace en lien avec la situation des réfugiés. Je suivais déjà les actions de l’association Afrika Tiss. Je n’avais donc aucun doute que cette résidence serait une belle expérience avec encore une fois une nouvelle culture et surtout de nouvelles techniques à découvrir.

J’ai également pris cette candidature comme un challenge personnel, car je ne suis pas particulièrement spécialisée dans la création d’objet. Ma réflexion se concentre sur la matière, les couleurs et le graphisme. J’avais envie de me confronter à d’autres problématiques.

Par ailleurs, mes expériences à l’étranger se sont toujours déroulées dans des cadres culturels particuliers au contact d’ethnies ou communautés qui maîtrisent un savoir-faire singulier. Je ne pouvais donc pas résister à l’appel de Design for Peace.

Lampe Tissalaralaren (franges fixes), réalisée avec Sidi Mohamed Youssouf, tissage de franges de cuir sur grillage métallique, suspensions en cuir perforé. Crédit photo : Design for Peace.

LR : Quelles ont été les étapes de réalisation de vos objets ?

CT : Mon travail a débuté par l’appréhension des matières et des techniques liées à celles-ci. Je n’avais aucune connaissance du cuir, du métal, du bois ou de la vannerie, bien que celle-ci soit très proche du tissage. Pour moi, il me semblait évidemment que le tissage avait sa place dans les objets que j’allais élaborer. J’ai donc cherché échantillon par échantillon, matière par matière, effectuant parfois même des mélanges entre celles-ci, et j’ai commencé à me constituer une sorte de bibliothèque d’échantillons.

Je savais plus ou moins vers quels objets je souhaitais me diriger. Le luminaire était pour moi évident car la lumière a toujours eu une place importante dans mon travail de création personnel et l’accessoire jusqu’à présent m’a toujours accompagnée de manière naturelle lorsqu’il fallait donner forme à un tissage.

Toutes ces recherches ont bien évidemment été guidées par le dialogue avec les artisans touaregs et leur propre regard sur les échantillons que j’avais développés avec leur aide. La forme des objets s’est ensuite définie presque naturellement sur la base des propositions de mon équipe d’artisans et de ma propre interprétation de leur artisanat.

Pochette Tibalabalaren (franges en mouvement), réalisée avec Fatimata Agali et Aicha Mohamed, pochette à rabat en cuir tissé de caoutchouc, franges en cuir et finition bronze. Crédit photo : Design for Peace.

LR : Que retenez-vous de votre expérience au Burkina Faso ?

CT : J’ai vécu au Burkina Faso des expériences très fortes. Professionnellement parlant, cette résidence aura été pour moi l’occasion de redécouvrir mon travail en utilisant de nouvelles matières, de nouvelles techniques. Une expérience humaine exceptionnelle, à la fois dans le soutien, l’échange et l’apprentissage que tous apportaient à chacun. Designers français et artisans touaregs ont appris à travailler et à créer ensemble. Nous avons également tissé des liens solides au sein de l'équipe des designers. Nous savons de manière certaine que cette relation perdurera au-delà de Design for Peace.

Je peux désormais affirmer, encore plus convaincue que je ne l’étais déjà avant cette expérience, que l'union de la technique et de l'humain est primordiale et tout à fait en adéquation avec le design contemporain. Design For Peace s’inscrit réellement dans une démarche qui fait écho et répond aux questionnements culturels, sociaux, politiques et économiques auxquels nous faisons face à notre époque et à laquelle je suis très fière et reconnaissante d’avoir participé.

Crédit photo : Claire TIngaud

En 2016, Made in Town accueille le projet Design for Peace, restitution de la résidence organisée à Ouagadougou par Afrika Tiss sous l'impulsion de l’UNHCR, qui a vu six jeunes designers français collaborer avec dix-sept artisans touaregs pour donner naissance à une première collection d'objets de décoration et d'accessoires de mode.

> Retour en haut de page
Léandra Ricou

Léandra Ricou

Made in Fontenay-aux-Roses. Rédactrice et attachée de presse freelance, elle met son écriture au service de la mode et de ceux qui la font, designers, artisans et industriels. Elle écrit régulièrement pour les magazines en ligne des salons Maison d’Exceptions et Made in France Première Vision, entre autres. Elle est diplômée de l’Institut de management et de communication interculturels, anciennement l'Institut supérieur d'interprétation et de traduction, et de l’Institut français de la mode.

Plus d'articles

Design for Peace Le répertoire des gestes

Design for Peace
Le répertoire des gestes

Objets

Au regard de la globalisation et du nombre infini des propositions dans les champs de la mode et du design, redonner du sens aux objets que l’on produit ou que l’on consomme est désormais incontournable pour garantir le succès face à la concurrence internationale.

Oriane Pereira Lino La broderie comme langage universel

Oriane Pereira Lino
La broderie comme
langage universel

Objets

Née en 1986, Oriane Pereira Lino a été formée en design textile et à l’art de la broderie à l’Ecole Duperré. Elle a ensuite enrichi ses connaissances et sa technique auprès d’artisans en Inde et au Cambodge. Oriane est également l’une des six designers qui ont participé à la résidence Design for Peace au Burkina Faso. Retour d’expérience.

Adrien Leroux L'ébénisterie au service de la création contemporaine

Adrien Leroux
L'ébénisterie au service
de la création contemporaine

Objets

Adrien Leroux, né en 1992, est un ébéniste et designer français. Il a été formé aux techniques traditionnelles de l'ébénisterie qu'il met désormais au service de la création contemporaine. Adrien est l’un des six designers qui ont participé à la résidence Design for Peace au Burkina Faso. Pour Made in Town, il revient sur son expérience.