11 juil. 2016

Pierre Murot
Le design au quotidien

Hélène Schmitt
Pierre Murot Le design au quotidien

Portrait de Pierre Murot. Crédit photo : Design for Peace

Pierre Murot, né en 1995, vient d’intégrer l’Ecole nationale supérieure de création industrielle (ENSCI - Les Ateliers), après un passage par l’Ecole Boulle. Il est le plus jeune des designers qui ont participé à la résidence Design for Peace au Burkina Faso. Pour Made in Town, il revient sur son expérience.

« Pratiquer le design dans un pays perçu comme pauvre, mais débordant d’idées ingénieuses et de savoir-faire est l’occasion de mettre en valeur des femmes et des hommes dans un contexte où la marge de manoeuvre pour le développement est immense. »
– Pierre Murot

Passé par l’Ecole supérieure des arts appliqués et du textile de Roubaix (ESAAT Roubaix), puis l’Ecole Boulle, qui lui donnera l’opportunité de nombreux partenariats, notamment avec la maison Vacheron Constantin, la plus ancienne manufacture suisse de montres, et l’entreprise Wandercraft, Pierre Murot poursuit désormais son apprentissage en suivant le cursus de création industrielle de l’ENSCI - Les Ateliers. En 2015, il intègre le temps d’un stage le studio Vaulot & Dyèvre, fondé par le duo de designers Quentin Vaulot et Goliath Dyèvre, qui ont séjourné tous deux à la Ville Kujoyama au Japon de septembre à décembre 2014. « Un moment clef de mon parcours », souligne Pierre qui participera notamment à la réalisation de scénographies pour Le Bain Hermès et le festival du design D’Days aux musée des Arts décoratifs.

Crédit photo : Pierre Murot

Hélène Schmitt : Quelles ont été vos motivations pour participer au projet Design for Peace ?

Pierre Murot : Un premier semestre passé dans l’atelier de recherche du designer François Azambourg à l’ENSCI - Les Ateliers m’a donné envie de participer à la résidence Design for Peace, notamment pour son contexte très expérimental, au plus près de la matière. Trop souvent derrière un ordinateur et très éloigné de certaines réalités, j’avais besoin de revenir aux fondements du métier de designer, à savoir le voyage, les rencontres, la découverte de nouvelles cultures et de nouveaux savoir-faire. S’ajoutait à cela le plaisir de partager cette expérience avec d’autres designers dans un environnement différent des workshops parisiens.

Fabrication de la boîte Gagou ihinen (chargement pour partir), bois sculpté et gainage cuir, Pierre Murot et Abdoulaye Alassane. Crédit photo : Pierre Murot

HS : Quelles ont été les étapes de réalisation de vos objets ?

PM : Nous avons tout d’abord rencontré les artisans touaregs qui nous ont dévoilé leurs savoir-faire. A notre tour, nous leur avons montré nos réalisations. Très vite, de petites équipes de travail se sont formées au gré des affinités. Nous avons ensuite initié les artisans à la réalisation de moodboards, à partir d’échantillons de matières, d’images et de dessin, afin de faire ressortir les lignes directrices des futures collections. Après une phase incontournable de dessin et d’essais sur différentes matières, nous nous sommes lancés dans la fabrication de petits objets.

Pour ma part, c’est un détour par le Centre Lukaré [créé en 2006 à Ouagadougou, le Centre Lukaré est un haut lieu du design Made in Africa qui rassemble une cinquantaine d’artistes, ndlr], où le palissandre [l'appellation palissandre regroupe différentes essences de bois, du genre Dalbergia, poussant sous les tropiques, ndlr| est couramment utilisé, qui m’a guidé vers le bois pour la réalisation de mes objets. Une collaboration extrêmement riche donc puisqu’elle lie designer, artisans touaregs et atelier de création local.

Fabrication de la lampe Tefatelt (lumière de transhumance), Pierre Murot, Bintou Mohamed, Issa Ag Maha, Centre Lukaré. Crédit photo : Pierre Murot

HS : Que retenez-vous de votre expérience au Burkina Faso ?

PM : Beaucoup de choses ! Encore sur place, il m’est difficile de faire le point sur cette magnifique aventure. Ce qui m’a frappé, c’est la simplicité avec laquelle les gens vivent et les solutions toujours plus ingénieuses qu’ils mettent en place pour pallier les problèmes quotidiens. Au Burkina Faso, le niveau de vie fait que l’on vit au jour le jour. Il n’y a pas de petites économies. Cette pratique s’illustre parfaitement par le design : récupération, recyclage, transformation, adaptation donnent naissance à des objets utiles, efficaces et justifiés. La vie constamment en extérieur, au contact d’une nature omniprésente, permettent d’envisager autrement l’espace de vie.
D’un point de vue humain, les nombreuses rencontres que j’ai pu faire et les moments de vie partagés avec les Burkinabés m’ont permis de prendre beaucoup de recul sur la vie que nous menons en Europe et les « priorités » auxquelles nous sommes attachés. Au Burkina Faso, on réapprend à vivre ensemble, à échanger simplement et surtout à partager pour le bien collectif. En termes de design, je retiens énormément de choses et repartirai avec de nombreuses idées en tête. J’aurais encore des milliers de choses à raconter, mais j’ai besoin de temps pour digérer tout cela afin d’en faire émerger le meilleur.

Lampe Tefatelt et boîte Gagou ihinen en cours de finition. Crédit photo : Pierre Murot

En 2016, Made in Town accueille le projet Design for Peace, restitution de la résidence organisée à Ouagadougou par Afrika Tiss sous l'impulsion de l’UNHCR, qui a vu six jeunes designers français collaborer avec dix-sept artisans touaregs pour donner naissance à une première collection d'objets de décoration et d'accessoires de mode.

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Hélène Schmitt

Hélène Schmitt

Made in Saint-Dié-des-Vosges. Diplômée en droit, elle s’est tournée vers les métiers du luxe grâce au diplôme MSc Luxe et Design Management à l’Institut de commerce de Nancy. Passionnée par les savoir-faire depuis son enfance, elle a eu la chance d’être élevée au cœur de deux domaines chers à la Lorraine et à la France : la confection et la boulangerie, dont elle a découvert les techniques de fabrication. Elle a appris les valeurs de l’artisanat, qui sont pour elle le respect des matières premières, la perfection des produits ainsi que la proximité avec les artisans, industriels et designers. Curieuse de nature, elle souhaite s’investir dans la valorisation des savoir-faire, cultures et coutumes en France et dans le monde, et partager avec le public les découvertes de fabrication qui y sont attachées.

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