26 juil. 2017

Atelier Alberdi
en route vers le Pays Basque

Mathilde Clément
Atelier Alberdi

Crédits Photos : Atelier Alberdi

La fabrication artisanale du makhila basque traditionnel, ce bâton de marche élégant et précieux, requiert un savoir-faire ancestral que l'Atelier Alberdi, basé à Irun en Espagne, est l’un des rares à faire perdurer depuis plusieurs générations. Symbole de la culture basque, le makhila s’offre principalement en témoignage de respect, véritable compagnon de route, et c’est aussi une arme blanche – en raison de la lame qu’elle cache – très répandue au 17ème siècle afin de se protéger.

Crédits photos : Atelier Alberdi 

En 1980, Iñaki Alberdi se rendit compte que la création et la fabrication des makhilas était une tradition qui perdurait dans le Pays-Basque français alors qu’elle disparaissait dans le Pays-Basque espagnol, notamment en raison de la dictature de l’époque. C’est ce qui le poussa à se lancer dans cette aventure peu commune, à laquelle il a désormais consacré une grande partie de sa vie. Enfant déjà, il voyait son père et ses oncles pratiquer avec zèle la sculpture sur bois dans l’atelier familial fondé après la guerre, en 1948. Depuis cette époque, les makhilas Alberdi se sont retrouvés dans les mains de nombreuses personnalités.

Crédits photos : Atelier Alberdi 

Benat Alberdi, le fils d’Iñaki, s’attache aujourd’hui à préserver le savoir-faire familial en reprenant les rênes de l'atelier depuis le départ de son père. «​ Quand mon père est parti à la retraite, je travaillais dans une entreprise commerciale et ça me faisait de la peine de laisser mourir ce savoir-faire unique. Nous sommes les seuls dans le Pays-Basque espagnol à proposer une fabrication traditionnelle des makhilas, entièrement artisanale. Même si au début je ne travaillais pas à l’atelier, j’ai appris le métier en observant mon père, et quand j’étais enfant, chaque fois que je voulais gagner un peu d’argent, mon père m'ouvrait gentiment les portes de son atelier. Sans le vouloir, j’ai appris ce métier. »

Les makhilas sont composés de cuir, de bois et de métaux de qualité que les artisans choisissent avec attention. La corne est le seul élément qui n’est pas travaillé à l’atelier et provient de Bretagne.

Crédits photos : Atelier Alberdi 

Le travail du bois est l’étape la plus importante de la fabrication. Au printemps, les artisans vont chercher, dans des coins reclus des montagnes des Pyrénées, du bois de néflier sauvage. Un arbuste qui pousse très lentement, dont le bois est à la fois résistant et souple. Ils choisissent certaines branches sur lesquelles ils font alors de légères incisions en forme de vagues et tiretées au travers de l'écorce. Au début de l’hiver, les artisans reviennent et coupent les branches incisées – les arbres ne sont jamais coupés – pour les mettre au four afin de récolter les écorces. Les incisions se transforment en véritables ornementations et sont mises à sécher entre 7 et 10 ans avant leur utilisation. «​ C’est gratifiant de savoir qu’avec notre métier on apporte un grain de sable à la culture basque. »

«​ J’aimerais beaucoup que ma fille prenne la relève (...) mais si je travaille aujourd’hui le makhila, c’est aussi parce que mon père ne m’a jamais vraiment poussé à faire cela. Il m’a simplement montré le métier et m’a surtout démontré qu’il était heureux, que c’était un travail digne. »

alberdimakila.com

> Retour en haut de page
Mathilde Clément

Mathilde Clément

Made in Clamart. Passionnée par l’histoire des arts, Mathilde s’épanouit au contact des milieux créatifs avec une affinité toute particulière pour les univers de la conception textile et du design. Elle met sa plume au service de la valorisation des gestes et des matériaux afin de mettre en lumière auprès du grand public le sens et les pratiques d’artisans et de créateurs de tout horizon.

Plus d'articles

Filles du Facteur Messagères d'espoir

Filles du Facteur
Messagères d'espoir

Objets

L’association Filles du Facteur, créée en 2008 par Delphine Kohler, styliste de métier, à l’origine également de la marque Facteur Céleste, agit pour l’autonomie des femmes, en France et au Burkina Faso, en les initiant à la maîtrise de savoir-faire manuels en lien avec le recyclage.

Holoholo Éditions Comment Section #1
25 avr. au 4 mai 2013

Holoholo Éditions
Comment Section #1

Arts

A l’occasion du lancement du premier numéro de la revue Comment Section, Made in Town invite la jeune maison d’édition parisienne Holoholo à présenter la genèse du projet et les principes particuliers – d’écriture, de graphisme et d’édition – que ce collectif d’artistes met en place pour la conception et la production de revues périodiques.

Aubusson La Cité de la tapisserie

Aubusson
La Cité de la tapisserie
[Made in Town TV]

Arts

Afin de promouvoir le savoir-faire et les particularités de la tapisserie d’Aubusson, chef-lieu du département de la Creuse, Made in Town a réalisé une série de trois vidéos-documentaires, à la demande de la Cité internationale de la tapisserie et de l’art tissé, en partenariat avec l’Institut français de la mode et avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès.