8 oct. 2014

Emilie Langlois
Doreuse à la feuille d’or ornemaniste

Axelle Grenot
Emilie Langlois Doreuse à la feuille d’or ornemaniste

Emilie Langlois au travail. Crédit photo : Emilie Langlois.

Dans le cadre de l’exposition La Face cachée du Siège, jusqu’au 18 octobre 2014 chez Made in Town, Emilie Langlois, récemment diplômée d’un CAP Dorure à la feuille d’or ornemaniste, ouvre les portes de son atelier et livre quelques secrets de fabrication, sur fond de réflexion sur l’avenir du métier de doreur et la transmission du savoir-faire.

Axelle Grenot : Présentez-nous votre métier.

Emilie Langlois : Il s’agit d’une technique qui vise à rehausser des objets d’art en les recouvrant d’or, non pas avec de la peinture, comme beaucoup de personnes le supposent, mais avec des feuilles d’or allant généralement de 21 à 24 carats. Après une succession d’étapes, la feuille d’or est d’abord placée à plat sur un coussin à dorer, puis déposée sur la surface à dorer à l’aide d’un large pinceau appelé « palette ». La feuille est si fine (quelques micromètres) qu’elle ne peut pas être prise entre les doigts. La surface dorée peut être ensuite polie à la pierre d’agate afin d’obtenir des dégradés de patine.

Les outils du doreur. Crédit photo : Emilie Langlois.

AG : Pour quelle(s) raison(s) avez-vous choisi cette formation ?

EL : Lors d’une visite au château de Versailles, j’ai aperçu des restaurateurs qui refaisaient les dorures extérieures du château. Cela a piqué ma curiosité et m’a incitée à me pencher de plus près sur ce beau métier. Un an plus tard, je décrochais un contrat d’apprentissage de deux ans à L’Atelier de la Feuille d’Or à Paris (11ème) et, aujourd’hui, me voilà diplômée.

AG : Comment définiriez-vous les objectifs de votre métier ?

EL : Cela dépend si le travail relève de la création ou de la restauration. En création, il s’agit avant tout de satisfaire la demande d’un client : l’intérieur d’un particulier, la devanture d’un commerçant ou encore un artiste qui souhaite dorer des objets pour une exposition. Nous avons cet avantage, dans la dorure, de pouvoir s’adapter à n’importe quel support et de pouvoir varier les couleurs d’or (jaune, vert ou blanc), voire même les matières, le cuivre et l’aluminium peuvent également s’appliquer en feuilles. En restauration, nous travaillons dans le seul but de valoriser un patrimoine, montrer qu’un objet a vécu. Il s’agit alors de reprendre uniquement ce qui est abîmé et rompt l’harmonie générale, tout en préservant la patine du temps.

Dorure à la feuille d’or et peinture à colle (peinture + colle de peau animale), septembre 2013. Crédit photo : Emilie Langlois.

AG : Comment entrevoyez-vous votre futur ?

EL : Je souhaite partager mon métier avec le plus grand nombre, car souvent les personnes mésestiment la quantité de travail à fournir pour restaurer un objet doré ou créer une dorure. Une dizaine d’étapes (au minimum) sont nécessaires avant de pouvoir déposer la feuille d’or.

AG : Pensez-vous que le métier de doreur va perdurer ?

EL : Un nombre croissant de personnes cherche à se former dans ce domaine bien que les places soient « chères ». Il est difficile de trouver une place dans un atelier et, de plus en plus de personnes, comme moi, doivent se mettre à leur compte pour pouvoir espérer trouver du travail. Je ne pense pas que ce soit un métier en voie d’extinction, mais c’est un métier qui n’est pas mis en valeur.

Feuilles d'or. Crédit photo : Emilie Langlois.

AG : Pourquoi, selon vous, la transmission est-elle si importante ?

EL : La dorure utilise des techniques ancestrales qui n’ont que très peu évoluées depuis l’Antiquité. Si un jour elles sont amenées à disparaître, c’est tout un pan de l’histoire artistique de notre monde qui disparaîtra avec elles, car la dorure est partout, dans nos monuments, nos musées et, sans transmission, il n’y aura plus personne pour les restaurer.

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