15 oct. 2014

Julie Leguy-Gautereau
Tapissière en siège

Axelle Grenot
Julie Leguy-Gautereau Tapissière en siège

Illustration tirée de L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, 1751-1772

Dans le cadre de l’exposition La Face cachée du Siège, jusqu’au 18 octobre 2014 chez Made in Town, Julie Leguy-Gautereau, récemment diplômée d’un CAP Tapissier d’ameublement en siège, évoque les raisons qui l’ont amenée à ce métier et en dévoile les gestes techniques, sur fond de réflexion sur l’avenir du métier de tapissier et la transmission du savoir-faire.

Axelle Grenot : Présentez-nous votre métier.

Julie Leguy-Gautereau : Le tapissier-garnisseur est à l’origine celui qui pose la tapisserie sur un siège. Plus largement, c’est l’artisan qui réalise la garniture des sièges, fauteuils ou canapés. Son savoir-faire peut s’étendre aux tentures murales. Il travaille en étroite collaboration avec une tapissière d’ameublement qui réalise les coussins et rideaux.

AG : Pour quelle(s) raison(s) avez-vous choisi cette formation ?

JLG : J’ai d’abord choisi d’être artisan, car je voulais créer et travailler de mes mains, sans pour autant  me prétendre « artiste ». Grâce au métier de tapissier, je travaille des matières variées, je crée du volume et, surtout, je ressens, au sens premier du terme. C’est un métier qui est loin d’être monotone !

AG : Comment définiriez-vous les objectifs de votre métier ?

JLG : Redonner vie à du mobilier jugé irrécupérable.

Illustration tirée de L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1751-1772

AG : Décrivez-nous l’opération de garnissage.

JLG : Il est assez difficile de répondre à cette question, car chaque siège, selon son époque, relève d’un procédé différent. Cela dépend aussi de la manière de procéder : traditionnelle ou actuelle. Un bon tapissier s’appuiera avant tout sur les méthodes traditionnelles. Pour une chaise de style 13ème, on effectue d’abord un sanglage, puis un guindage (couture des ressorts sur la sangle, puis système de nouage des ressorts entre eux à l’aide d’une corde qui est fixée sur la carcasse de bois). Après avoir fixé une toile forte, on effectue une mise en crin, suivie d’un emballage et d’un piquage. Pour obtenir la forme finale, on réalise une piqûre de crin animale maintenue par une toile blanche fixée sur la feuillure du bois. La réalisation du dossier suit le même procédé, sans le sanglage et le guindage.

AG : Comment entrevoyez-vous votre futur ?

JLG : J’espère toujours être tapissière ! Pourquoi vouloir changer si l’on a trouvé sa vocation ? Je souhaiterais travailler pour du « haut de gamme », autrement dit, des pièces estampillées. Et pourquoi pas, me mettre à mon compte.

Illustration tirée de L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1751-1772

AG : Pensez-vous que le métier de tapissier-garnisseur va perdurer ?

JLG : J’espère sincèrement que le métier va perdurer ! Je pense que malgré l’apparition de distributeurs, à l’image d’IKEA, qui ont fait chuter l’activité, il restera toujours les musées, les châteaux, les antiquaires, soit le beau travail. Les particuliers commencent à revenir vers les artisans. J’ai bon espoir, car nous sommes encore un peu plus de 600 sur Paris.

AG : Pourquoi, selon vous, la transmission est-elle si importante ?

JLG : En l’absence de transmission, un métier manuel, quel qu’il soit, est condamné, entraînant avec lui la perte irrémédiable d’un savoir-faire précieux.

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